Chapitre 3 : Ukraine, Agriculture et Investissements
Version courte :
J’ai passé une semaine en Ukraine en visite professionnelle guidée avec un groupe d’agriculteurs français : 2 jours à visiter des « fermes » à reprendre (Il s’agit en réalité d’ex-kolkhozes de 1.000 à 5.000 ha avec des bâtiments et du matériel d’exploitation d’époque mais dans ces fameuses terres noires d’Ukraine très fertiles) + 2 jours dans un salon professionnel agricole à Kiev où j’ai rencontré en autre Michel Barnier, ministre français de l’agriculture, ainsi que la crème des personnes qui compte dans le milieu agricole ukrainien (gros industriel français, mission économique etc…).
J’ai fait l’aller-retour de Prague en bus (24h aller-24h retour) mais la vodka de deux gros ukrainien à bien fait passer le temps.
Version longue :
L’aller :
Après avoir galéré plusieurs jours pour trouver un moyen de transport à prix abordable pour Kiev (c’était complètement insensé de vouloir partir là bas vu mes fiances, mais bon, quand on est débile, on se refait pas) j’ai finalement deux bouts de papier qui devraient m’assurer un aller-retour en bus par deux compagnies différentes.
Le jour du départ venu (dimanche midi) je me rend à la gare routière pas trop en retard et j’ai le temps d’acheter quelques galettes de pomme de terre (qui s’avèreront ultra chargée en ail) pour les 24 heures de trajets (youpi !!!). J’ai aussi quelques bouquins pour tuer le temps, la bonne occase, moi qu’ai jamais le temps de lire.
Sur mon billet était indiqué qu’un supplément de 100 couronnes était nécessaire pour mettre un sac en soute et c’est pour ça que j’ai deux petits sacs qui restent avec moi. Mais lors du chargement, le chauffeur fait acte de multiplications des pains et se retrouve rapidement avec une liasse épaisse d’au moins 3 cm alors qu’on est que 15 dans le bus ! Le commerce international est toujours très profitable !
On roule en direction de l’est sur les autoroutes en béton (tak-tak, tak-tak, tak-tak) puis vers la Pologne je pense. On a droit à un film bien viril « doublé » en ukrainien : un seul mec dit les dialogues de tous les personnage par-dessus la bande son anglaise et sans motivation aucune. Ça fait bizarre quand la belle princesse susurre des mots doux à l’oreille de son preux chevalier dans une voix tout aussi plate que masculine ! Idem pour les longs cris d’angoisse dit le plus platement du monde. J’arrive à m’allonger et dormir, c’est le pied !
Il est 2 heures du matin quand on arrive à la frontière polonaise. Depuis fin décembre 2007 les dix nouveaux membres de l’UE sont entrés dans l’espace Schengen et les contrôles ont été supprimés. Mais on s’arrête quand même et ça valait le détour… : L’ambiance est complètement hallucinante : C’est accueillant comme un poste frontière de l’âge du communisme en pleine nuit d’hiver. Il n’y a pas un chat et le vent balai la pluie fine devant les vieux lampadaires type camp de concentration. Les vielles taules dégoulinent sur le macadam troué et luisant. Quelques clopes rougissent dans les coins abrités, forcément sombres… Jamais vu un film noir d’une telle qualité !
Au réveil j’ai un tampon de plus dans mon passeport et c’est les mêmes autoroutes en béton jusqu'à Kiev. Mais derrière les vitres ultra sales, je peux déjà apprécier l’immensité des plaines traversées. Il y a peut de neige et c’est bon signe ; on pourra apprécier la qualité des sols plus facilement. Par contre c’est la louze, j’ai que ma veste de costard et des chaussures cirées (cf. chapitre Le costard j’adore !). Pas très adapté tout ça…
Kiev :
Ca y est, je pense que c’est Kiev là. Je demande confirmation en tchèquo-russe (langue que je maîtrise à merveille, pensez donc !) et tchou-tchou bla-bla, oui, oui c’est bien la gare de train ici. Ok je descends. J’ai juste à prendre le bus numéro 7 pour me rendre au rendez-vous mais … des bus, y en a des centaines ! Y a beau avoir marqué les destinations dessus, c’est pas ça qui m’aide… (note culturelle : l’alphabet ukrainien à des lettres en plus et en moins du cyrillique russe pour ceux qui pensaient avoir un espoir avec leur base russophone). Je persévère quand même ; je suis pas le genre à prendre un taxi ! Je tourne 40 minutes et finis par négocier le prix de la course avec le premier taxi venu. Premier et violent échec !
Une charmante ukrainienne (pas blonde mais brune) m’accueille au bureau puis me montre l’appartement où je serais logé. Au passage, je note les pseudo digicodes qui sont
sur toutes les portes : c’est un système mécanique avec très peux de combinaisons différentes mais bon, ça fait sérieux :D Encore une réussite des scientifiques
soviets !
En attendant les arrivants de France, je vais me perdre sur les grands boulevards de Kiev. Y a de magnifiques églises orthodoxes partout mais ça caille sévère. Seul un truc me fait marrer :
je passe devant le ministère de … l’industrie du charbon ! Hé bé, c’est bien folichon tout ça.
Le soir restaurant avec le groupe d’agriculteur et Jean Roche, business man en Ukraine depuis plus de trente ans. Enfin, à l’époque l’Ukraine n’existait pas ; c’était l’URSS.
Visites de fermes :
200 km à l’Est de Kiev, on visite le lendemain une ferme de 3.000ha (extensible jusqu'à 10.000). Le chef de culture parle bien français et nous fait visiter une p’tite parcelle de …
700 ha ! Je peux enfin tâter cette terre noire dont j’ai tellement entendu parler ! Quel bonheur ! Très relatif, je sais, pour les non-agronomes. Pour les autres, les
agronomes, je pourrai décrire ça comme un sol de forêt super gras. Ca colle, le boudin est facile et ça laisse les mains très sales. C’est vraiment super étrange. Mais le coin à l’air bien humide
quand même : y a des drains de deux mètres de profondeur qui coupent la plaine de ci de là.
Le voisin (2.000ha) a une terre moins bonne (une bonne terre brune de chez nous) mais son implantation est super belle. C’est grâce à son semoir brésilien qu’on verra
juste après. Ici, tout se fait en semis direct ou presque. Les traitements et fertilisations sont rares et on récolte trois fois moins à l’hectare que chez nous, mais vue les surfaces…
250 km plein Sud de Kiev on visite le deuxième jour une ferme qui regroupe 3 anciens kolkhozes (4.000ha au total). 150 personnes y travaillent mais le gérant doit aussi entretenir les routes,
payer les retraites, le ramassage scolaire, les fêtes de village, l’assurance maladie, la boîte de nuit etc. etc. Bien peux de choses ont changé finalement. C’est pareil au niveau des
productions : on fait de tout. A la grande époque, chaque village/kolkhoze était ainsi complètement autonome. Blé, pois, colza, tournesol, maïs, betterave, sarrasin,
légumes, vergers, cassis, semences, bovin laitier, porcs, mouton et même 30 ha de poissons ! La rotation est sur 10 ans ! Les étables n’ont pas changé non plus : les bâtiments sont
croulants et dégeux, les vaches à l’attache.
Plus loin c’est un petit exploitant que l’on rencontre. Il peine à trouver la rentabilité avec seulement 1.000 ha et 30 employés. Il est prêt à tout céder contre une confortable
retraite.
Le salon Interagro :
Trois halls immenses remplis de machines immenses pour une agriculture à grande échelle. (Records trouvés sur le salon : Pulvérisateur automoteur de 55 mètres, semoir à maïs (semis direct) de 68 rangs ! Je vous raconte pas les tracteurs monstres et autres moissonneuses géantes) C’est dans ce pays qu’on bat tout les records : 570 ha de semis en 24h etc…
Sinon côté conférence, il y a une journée dédicacée à la France. Y a du beau monde côté entreprises. Puis à la fin de la journée Michel Barnier et son Homologue ukrainien font une pause pour se jurer longue coopération ; la France ferait profiter de son expérience sans jouer les maîtres non plus… S’ensuit des remises de médailles à la chaîne et un cocktail bien chargé. Le vin rouge est complètement imbuvable : c’est du local.
Quand le ministre quitte enfin la salle, il s’arrête au niveau de mes potes agriculteurs et commence à parler avec nous. Il nous souhaite bonne réussite et demande explicitement à Jean-Jaques Hervé de spécialement veillez à la bonne implantation de « ces agriculteurs français là ». Je lui serre la main et il file à un teuf’ privée ou dormir à Paris.
Jean-Jacques Hervé c’est le dieu agriculture en Ukraine : c’est un français du ministère des affaire étrangère mais qui travaille aussi au gouvernement ukrainien en tant que conseiller pour les questions agricoles.
Le deuxième jour, je fais le plein de cartes de visite colorées et distribue la mienne là où je peux. On verra si ça sert à quelques chose ou non.
Kiev :
Encore : J’ai un jour de libre avant de rentrer, alors je visite la ville pour m’imprégner un peut du pays. Résultat, je marche 7 heures d’affilées dans toute la ville. J’ai vu des trucs
sympas :
Le retour :
C’est là où ça se gâte un petit peut : J’ai plus de sous pour m’acheter à manger pour le trajet et le bus n’en finit pas de se remplir. Ca y est c’est mon tour : Un énorme ukrainien s’assied à côté de moi. Plus d’échappatoire possible, toutes les banquettes sont déjà prises. Echange tchèquo-germano-russe fournit j’arrive seulement à faire comprendre que je suis pas anglais mais français. « Et là… c’est le drame ! » Non, non. Lui et son pote me prennent juste d’affection et propose de fêter ça avec un pti’ coup à la prochaine halte.
Le bus s’arrête dans une gare, l’un file, l’autre me fait la conversation (de sourd, bien sûr) en russo-germano-tchèque. On remonte et mon voisin sort son butin de la manche : un ch’tite bouteille d’un demi-litre de vodka !
Mais attention, on va pas boire ça, comme des rustres. Mes nouveaux amis sortent du sac : patates, pain et saucisson local et m’en offre généreusement. Après, hop, un « petit » cul sec de vodka ! (nda : l’adjectif « petit » est très relatif, faut voir la taille des bonhommes) La bouteille ne fait pas long feu.
Mais voilà donc qu’on s’arrête dans une autre gare. L’un file, l’autre me fait toujours et encore la conversation (de sourd toujours). On remonte et surprise ?! On remet ça ! Patates, saucisses, pain, cornichons, œufs durs… et vodka.
Waou, je vais bien dormir moi me dis-je quand on s’arrête encore. L’un file, l’autre … (ça va, vous avez compris ?). Blam ! Une troisième !
Bourré à vomir, vous pensez ? Ben en fait pas du tout. J’ai le ventre super remplit de truc bien costaud et ça éponge tout ! C’est juste suffisant pour bien dormir dans le bus. Merci les gars !
Ma pensée du jour : La vodka russe, c’est rien d’autre que de l’eau pour mieux faire passer les repas.
Il est 8 heure du mat’, on est arrivé à Prague et j’ai rendez-vous à 10 heure à l’autre bout de la ville pour commencer mon nouveau job…
Morale :
Si t’es riche et que tu veux le devenir encore plus, alors vas en Ukraine.
Si t’es riche et que t’as un million d’euro à dépenser, alors achètes une ferme en Ukraine.
Si t’es riche, alors la femme ukrainienne de tes rêves tu trouveras.
Si t’es pas riche, la ferme tu pourras pas acheter mais la femme de tes rêves tu pourras quand même trouver !
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